J'ai toujours rêvé d'être un gangster, un film de Samuel Benchetrit vu par Philippe
Autour et dans une cafétéria perdue dans un no-man's land péri-urbain, plusieurs personnages se croisent, ou non, chacun exerçant, rêvant de, ou ayant exercé la profession annoncée dans le titre. On peut reprocher pas mal de choses à Samuel Benchetrit à propos de ce film, en particulier de pomper sans génie des idées deci-delà : scénario fragmenté comme dans Pulp Fiction, dialogues souvent très écrits lorgnant vers Audiard, musiques western lourdement insistantes, losers lents et à l'accent belge comme dans, au pif, Les convoyeurs attendent, etc etc.
Ou encore, de laisser certaines séquences, qui ne marchent pourtant pas très bien, s'étirer en roue libre, par exemple quand l'apprenti braqueur mollasson Edouard Baer n'en finit pas de converser avec une Anna Mouglaglis si lymphatique qu'on a envie de secouer pour qu'elle bronche un peu... alors qu'un rythme un peu plus vif dans le jeu comme dans la réalisation aurait pu en faire une vraie réussite : une séquence presque hystérique de cinéma muet est en contrepoint un moment presque parfait.
Par contre on ne peut justement pas lui reprocher de faire cabotiner les acteurs. La rencontre entre Arno Hintjens et Alain Bashung, dans leurs propres rôles de chanteurs en tournée, est ainsi d'un minimalisme très louable, sans pour autant qu'on s'y ennuye : l'échange à propos de la paternité d'une chanson est suffisamment savoureux pour rappeler (ça aussi c'est probablement un emprunt involontaire hein Sami ?) une des bonnes séquences de Coffee and cigarettes de Jim Jarmusch. Tout comme le savoureux duo de kidnappeurs (incluant l'excellent Bouli Lanners qu'avait déniché un certain M. Poelvoorde-Manatane), aux prises avec une gamine vaguement suicidaire mais brave.
Ou encore, ces retrouvailles entre bandits octogénaires et sub-claquants : dans l'illustre bande, à part un Jean Rochefort comme souvent un poil trop exubérant, chacun tient dignement son rôle de Tonton Flingueur sur le retour, en particulier Venantino Venantini qui, faut-il le préciser, était le grand Pascal dans le cultissime film d'origine. En somme, sur un scénario et une réalisation qu'on qualifiera de division 2, une bande d'acteurs pour la plupart charismatiques et attachants parvient malgré tout à nous faire passer un bon moment de cinoche.
The Darjeeling Limited (A bord du), un film de Wes Anderson avec Owen Wilson, Adrian Brody, Jason Schwartzman vu par Philippe
Petit film porté par un gros buzz, ce voyage dans un train indien mérite en effet le voyage, ne serait-ce que pour la bouffée d'exotisme dépaysant et le tourbillon de couleurs indiennes qui restent en persistance rétinienne longtemps après la fin : orange, turquoise, rouge vif ou blanc, pour le deuil. Ce train exotique et chamarré, sorte d'Extrême Orient-Express, voyage (ou plutôt se traîne) quelque part en Inde - on ne saura pas d'où il part ni où il arrive, les trois personnages ne font que l'emprunter... Trois frères habituellement séparés, qui se retrouvent un an après un deuil commun pour aller régler, comme on dit, un unfinished business avec quelqu'un qui leur est cher, caché quelque part dans un lointain ashram...
Le Darjeeling Ltd emporte ainsi avec lui le toujours drôle Owen Wilson, la gueule défoncée et emballée dans des pansements, un Adrien Brody plus émacié que jamais et toujours aussi élégant, et une découverte (pour nous) : Jason Schwartzman (à peine entrevu, après enquête, en roi timide dans Marie Antoinette), formidable petit personnage mi-Droopy (il tire une gueule de trois mètres de long tout le film), mi-Dom Juan (outre une des plus belles actrices du cinéma américain dans le préambule du film, il va également "sympathiser" avec la jeune hôtesse indienne du train). Autre personnage inattendu, l'ensemble de bagages tous floqués des initiales de la famille Whitman et que les trois frères se traînent, de façon littérale mais aussi symbolique : jamais on avait vu des bagages aussi expressifs et importants au cinéma...
Le grand frère se veut l'animateur du voyage, qu'il a pensé spirituel et initiatique, mais le caractère maniaco-dépressif des deux autres, comme la réalité terrestre de ces fameuses valises, et ce train qui s'arrête toujours à l'imprévu et repart sans prévenir davantage (quand on ne s'en fait pas tout bonnement jeter dehors par un stewart acariâtre), vont en faire autre chose. Un trip sous sirop codéiné et une expérience de communion familiale, comme prévue, unique en son genre. L'humour pince-sans-rire et poétique de Wes Anderson (il paraît que tous ses films sont formidables, désolé pour la lacune) fait des merveilles, comme lorsque passe dans leur tête un deuxième train, chargé de peurs, de fantasmes et de rêves... Embarquement immédiat et obligatoire, pour un film qui fait tant de bien !
Bienvenue chez les Ch'ti, un film de et avec Dany Boon & Kad Merad vu par Philippe
"Pédophiles, chômeurs et consanguins, Bienvenue chez les Ch'ti !" La charge de la banderole était tellement énorme qu'on avoue honteusement en avoir rigolé, surtout dans la bouche de handicapés mentaux supportant le PSG et probablement le IIIème Reich. Ca a d'ailleurs fait un déclic dans notre tête : il fallait quand même aller voir ce film phénomène ! D'abord on n'a jamais détesté complètement un film qui ait été vu par plus de 12 millions de personnes (ça fait deux fois plus que le public d'un navet franchouillard de Francis Veber, c'est un signe !), ensuite Dany Boon et surtout Kad Merad sont des types sympas et qui nous amusent plutôt, pris séparément. Et enfin des gens dignes de confiance ont confessé s'y être amusés.
Comme chacun sait, le film montre donc un malheureux directeur des postes muté (dans des circonstances cocasses d'ailleurs) de Salon-de-Provence, 13, à Bergues, 59 (région Nord Pas-de-Calais). Il y arrive à reculons et avec tous les préjugés possibles - une partie étant commune à tous les natifs de Provence, notamment celui à propos des températures négatives dès le nord d'Avignon... Il va bien sûr découvrir une réalité différente. Evidemment le film tombe dans un excès inverse, qui fait subitement des gens du Nord des personnes forcément sympathiques, fêtardes, et avec un accent à couper au couteau - et il ne pleut que le jour de son arrivée. Enfin c'est de bonne guerre et ça reste très supportable.
Les deux principaux protagonistes se tirent de l'exercice grâce à un gros abattage, Dany Boon en gentil ch'ti et Kad Merad en candide sudiste (il était déjà pas mal dans Je vais bien en t'en fais pas), ainsi qu'une jolie galerie de personnages secondaires - et une ou deux apparitions mémorables comme celle, hilarante, de Michel Galabru. Les morceaux de bravoure attendus, comme la tournée des 2 facteurs invités à picoler à chaque arrêt, ou la re-création d'un Nord fantasmé atroce (cf la banderole) pour décourager la femme du postier, sont franchement réussis. Tout comme sont crédibles leurs histoires de coeur, et bien agréables les promenades dans les rues pavées de la ville de Bergues... Au final on doit confesser avoir ri de bon coeur au moins une dizaine de fois - c'est pas si mal et on y passe donc un fort bon moment.
Cloverfield, un film de Matt Reeves vu par Philippe
Cette semaine un film qui ne passe pas au cinéma, enfin qui ne passe plus (il semble avoir fait une scandaleusement courte apparition sur les écrans en février, en tout cas il m'a échappé) - mais les lecteurs intéressés par les films d'épouvante à grand spectacle trouveront un moyen de le voir, je n'en doute pas ! Car ce film de peur très malin a trouvé une combinaison inédite et sacrément efficace pour foutre les chocottes : un film catastrophe à grands moyens ("Something attacks New York" et c'est tout ce que vous devez savoir), mais filmé comme le Blair Witch Project ! Comme pour son glorieux ancêtre (qui m'a personnellement condamné à ne plus jamais faire de camping sauvage), on visualise donc ici la cassette VHS d'un inconnu retrouvée dans un camescope... longtemps après.
En voilà les premières minutes : L'histoire commence banalement avec une surprise-party entre yuppies, dans un appart new-yorkais, filmée par le meilleur pote de celui à qui on fait la surprise. Un mec qu'on devine un peu lourdingue, qui insiste pour filmer des messages des gens, épie des conversations, dragouille maladroitement une jolie invitée, etc. Et tout à coup un grand bruit : tout le monde monte en courant sur le toit du building voir ce qu'il en est, y compris lui qui il filme toujours. On aperçoit alors d'énormes explosions qui retentissent au loin dans Manhattan, et on comprend que "ça" vient dans notre direction...
Tout l'intérêt est dans le 'ça" mystérieux ! Une laconique <http://www.youtube.com/watch?v=AVzeATvSbK4 target="_blank">bande-annonce du film a en effet fait le tour du web il y a quelques mois : on y voyait (toujours filmé à l'arrache) un énorme projectile rebondir, dans une rue de Manhattan, sur un immeuble en déclenchant un explosion avant d'atterrir dans un grand fracas de voitures renversées au milieu de la rue : la tête de la Statue de la Liberté, arrachée et griffée, sans plus d'explication... De quoi faire sauter au plafond d'excitation tous les geeks de la terre !
Bien sûr moins on en sait sur le "ça" et mieux ça vaut, je n'en dirai donc rien sauf que sur une échelle du truc-terrifiant-qui-attaque-la-ville (partant de zéro - le Godzilla d'Emmerich), ça vaut bien 8 ou 9 ! Et c'est toute la force du film. Parce que bien sûr il s'ensuit une fuite éperdue du cameraman et quelques amis pour en réchapper, tout en continuant à filmer ("les gens doivent savoir ce qui s'est passé"). Et évidemment il va apercevoir ou croiser "ça" à plusieurs reprises, parfois dans la périphérie de sa vision et sans même le voir tellement il est flippé. Ce qui a pour effet de scotcher le spectateur à son siège qui se dit : "Bordel mais qu'est-ce que c'était ? Pourquoi il l'a pas filmé ? Il l'a pas VU ou est'ce qu'il a eu si peur qu'il a fait comme si... ?!"
Pour l'aspect technique (si crucial pour ce type de films - voir le formidable La Guerre des Mondes de Spielberg, qui a redéfini les bases en la matière pour 50 ans !), on dira simplement que les effets spéciaux sont si parfaitement incrustés dans ces images mouvantes de mauvaise qualité vidéo, qu'on ne doute pas un instant de leur véracité. C'est donc parfaitement paniqué et terrifié qu'on suit la fuite des protagonistes Marlena, Rob et Hud dans le métro... où quelque chose d'affreux va les suivre, va nous suivre. Brrrr... Sans aucun doute, film du genre "Invasion" de l'année 2008 !
Be Kind, Rewind, un film de Michel Gondry, avec Jack Black, Mos Def, Danny Glover vu par Philippe
Notre bien-aimé Michel Gondry est de retour, avec un film ni aussi émouvant et époustouflant qu'Eternal Sunshine..., ni aussi barré et taré que la Science des Rêves, et pourtant en tout points charmant : Be Kind, Rewind ! Histoire des aventures de deux bras cassés, qui tentent de sauver un vidéoclub à l'ancienne (no DVD's !) de la banqueroute, tandis que le patron de ce bateau ivre tente de sauver les murs eux-même de son immeuble, ou serait né selon lui le pianiste crooner Fats Waller lui-même.
Mos Def est donc un gentil garçon black, juste un peu "renné" (comme on dirait ici), se sentant investi d'une mission qui le dépasse (tenir le vidéoclub que lui a confié le débonnaire et fatigué Danny Glover). Tandis que Jack Black joue l'excité irascible de service, à mi-chemin entre le mythique Doc de Back to the future (il s'électrocute comme celui-ci) et le cultissime vendeur de vinyles caractériel de High Fidelity (il est aussi désagréable que celui-là), soit son propre plus grand rôle à ce jour...
Bref ayant malencontreusement effacé l'ensemble des cassettes VHS du magasin, les deux compères n'ont pas d'idée plus stupide que de re-tourner en 3 heures avec un camescope, un rouleau de papier aluminium, trois sacs plastiques, et deux acteurs bien sûr, le film Ghostbusters qu'a réclamé une amie du patron ! Enfin ce dont ils se souviennent du film, c'est-à-dire environ ... 20 minutes. Le film tombé entre les mains d'adolescents va alors déclencher une réaction en chaîne : l'ensemble des habitants de la ville de Passaic, New Jersey, va se passionner pour ce film "suédé" et ceux qui vont suivre pour répondre à la demande.
Notamment : Rush Hour 2, Carrie, Boyz in the Hood, 2001 l'Odyssée de l'espace, et même le Roi Lion ... Et les deux compères d'augmenter leur production, bientôt rejoints pas une actrice latino chic et choc, jusqu'à un point tel que... pouf, pouf. Avec le merveilleux côté bricolo si cher à Gondry depuis les clips qui l'ont rendu célèbre, et une vibrante déclaration au cinéma US populaire, tout comme un message presque politique de DIY (Do It Yourself), voire de résistance passive à la modernité, généralement subie, Be Kind Rewind est un GRAND petit film qu'on a envie de défendre d'instinct, tant pour ce qu'il est, que pour ce qu'il représente.
Soit ni plus ni moins que le plus merveilleux hommage au cinéma et à ses amoureux depuis Cinema Paradisio - juste, ici en version gonzo, et néanmoins émouvant aux larmes, de rire certes, mais pas que ! A la fin du générique, l'adresse d'un site web qui permettra d'aller voir l'ensemble de ces formidables petits films - désolé moi je ne peux pas vous la dire, chuis pas une balance.
There will Be Blood, un film de P.T. Anderson avec D.D. Lewis, P. Dano, vu par Philippe
Evidemment quand on vous a dit que Paul Thomas Anderson (auteur du superbe Magnolia, de l'étonnant Punch Drunk Love etc.) était de retour après cinq ans de silence radio, il y avait de quoi s'agiter un peu. Quand en plus on vous a annoncé qu'il signait un grande fresque en forme de western pétrolier, avec en tête d'affiche ce cher Daniel Day-Lewis, acteur souvent génial, il y avait de quoi franchement s'énerver ! Et avec un tel titre encore, There Will Be Blood, pour le moins prometteur, dans la droite ligne des récents (et réussis) thrillers sanglants de Tim Burton ou des frères Coen... et pour finir après un visionnage de la très scotchante bande annonce - n'en jetez plus : de toute évidence ce film allait être le meilleur de l'année 2008 !
Eh bien ce n'est pas vrai, on est même assez loin du compte. Entendons-nous bien : cette grande saga de l'histoire d'un pétrolier nommé Daniel Plainview, sorte d'intrigue pré-Dallas ienne et machiavélique, se suit globalement avec intérêt. De ses débuts les deux pieds dans la merde, à casser des cailloux au fond du trou, à son ascension fulgurante dans les années 20, assumant qu'il poursuit pour seul but, le fait de gagner assez d'argent ... pour pouvoir éloigner définitivement les autres de lui. D'ailleurs même le cas de sa relation avec son fils lui pose problème : héritier putatif, mais adoptif, est-il à la hauteur de ses ambitions et de l'empire qu'il veut ériger, surtout après un accident qui va le handicaper ?
Face à cette ascension presque irrésistible, des concurrents manifestement pas de taille, mais aussi et surtout une Eglise et son prêtre, par qui il va bien falloir en passer pour obtenir la confiance et la vente des terres nécessaires à l'exploitation d'énormes nappes de pétrole. L'opposition/attraction entre le Dollar et le Goupillon (merci Télérama), tous deux agités par de grands manipulateurs, donne une confrontation assez savoureuse et dont on attend les péripéties avec impatience, en passant toutefois par des longueurs qui auraient été bien largement évitables... Par ailleurs, il y a une belle utilisation des paysages et des lumières (Oscar de la meilleure photo, soit), et même certains passages musicaux assez relevés. Encore que l'influence de Jonny Greenwood de Radiohead est vraiment peu perceptible sur cette B.O. de facture très classique...
Bref si les acteurs avaient été géniaux, on aurait pardonné au film ses imperfections formelles. Pour autant Daniel Day Lewis ne force pas son talent - son jeu tout en sourcils levés et oeil noir sur moustache fournie rappelle un peu trop l'outrancier Bill the Butcher de Gangs of New York - vraiment pas son plus grand rôle donc ! On ne comprend d'ailleurs pas toujours ses sautes d'humeur, ni sa relation avec son marmot ... Bien plus intéressants et ambigüs sont par contre son adversaire, le jeune prêtre-gourou interprété par Paul Dano (déjà assez formidable dans Little Miss Sunshine) - et même les regards énigmatiques que lui lance son fils taciturne et sauvage...
Enfin on est quand même un peu étonné de voir à quel point la presse crie au génie pour un tel film, certes de très bonne qualité, mais qui n'invente ni ne révolutionne rien - pour le moins un film mineur de P.T. Anderson, et un Oscar du Meilleur Acteur hautement discutable - on repense au terrifiant rôle de Forrest Whittaker l'an passé, ça avait plus de gueule ! Même en terme de western on est plutôt loin du souffle des oeuvres récentes de ou avec Clint Eastwood / Tommy Lee Jones, et heureusement que c'est bien No Country for Old Man qui a eu l'Oscar du meilleur film ! Parce que faut pas pousser mémé, y'a quand même des types, et des films, qui vous prennent autrement à la gorge... surtout que si ça se trouve certains d'entre vous n'ont même pas encore rattrapé La Graine et le Mulet, je me trompe ?!
John Rambo, un film de (et avec) Sylvester Stallone, vu par Philippe
Une fois de temps en temps, devant une profusion de films en retard à la qualité aléatoire, le chroniqueur est obligé de faire ce choix, un peu maso mais plutôt jouissif, punk en quelque sorte : aller voir délibérément celui qui a l'air le plus débile ! Quoi de mieux pour ce faire que d'honorer un 4ème rendez-vous avec le soudard John Rambo, trilogie à la qualité régulièrement descendante, partie d'un brûlot antimilitariste pas si mal pour sombrer dans la violence communistophobe la plus vile. Avec le vague espoir, quand même, d'apercevoir de beaux paysages dans ce film tourné dans le nord de la Thaïlande à la frontière birmane.
Retour du brave Sly donc, un an après un improbable Rocky-chais-mêm'-plus-combien déjà navet de l'année 2007, un Sly un brin avachi par les années mais toujours aussi mastoc, dans un film de commande : recyclé dans la capture de serpents, notre sympathique brutasse se retrouve malgré lui forcé d'accompagner de stupides évangélistes américains. Car hélas pour lui, il y a parmi les missionnaires une belle femme blonde entre deux âges et pleine d'idéaux dont le regard plein d'espoir finit par convaincre la Bête désabusée et nihiliste de les aider - il est vrai que son pantalon blanc immaculé semble abriter une fort jolie chute de rein à laquelle il n'est pas complètement insensible.
Mal préparés, ils se font comme prévu capturer par une junte d'une brutalité insensée après un massacre en règle comme même les Khmers Rouges n'ont pas réussi à en faire. N'ayant évidemment pas été pris, voilà donc l'ex champion de tir à l'arc affrétant un deuxième voyage, pour accompagner des mercenaires américains bien caricaturaux mais multi-ethniques : un asiatique et un type vaguement arabe voire métis donnent une caution anti-raciste à l'expédition.
Comme attendu, l'affaire se transforme en une débauche d'explosions et de membres arrachés lâchement (uniquement par les méchants, entendons-nous bien), tandis que Rambo tire quelques flêches bien senties qui, comme au bon vieux temps, tuent les gens à 100 mètres à coup sûr. De leur côté, les mercenaires courageux foutent une grosse branlée à cette bande de soldats violents, alcooliques et globalement incompétents qui représentent les méchants birmans harcelant l'ethnie Karen, chrétienne d'adoption (ce qui correspond, il faut le signaler, à une triste réalité qui dure depuis environ 50 ans...).
Fait amusant, l'auteur (on ne rit pas) du script a du voir Bad Taste et un ou deux films de Romero : les balles tirées ensuite par l'ex-monsieur Muscle, dont l'expression faciale définitivement figée finit avec l'âge par évoquer vaguement celle de Carmen Cru, les balles tirées (faisant chacune la taille d'un zeppelin), provoquent donc des explosions corporelles et autres évaporations crâniennes du plus bel effet. L'ambiance globale est quand même un peu cheap - tout ceci n'est finalement qu'une grosse échaufourrée de cinquante personnes au bord d'un fleuve méandreux et moite, ça sent un poil le manque de moyens.
D'ailleurs après avoir occis à son tour la quasi-totalité de la junte à lui tout seul, le héros a l'air un brin ailleurs quand il éventre finalement, machinalement et presque avec mélancolie le grand méchant, qui s'apprêtait évidemment à violer la pauvre femme blanche. Celle-ci le gratifiera donc avant de repartir avec son pignouf de mari d'un retard lointain et désespéré, éperdu d'amour impossible, tandis que le héros marquera l'extrême émotion sentimentale alors ressentie par une imperceptible crispation de ses mâchoires, qu'il a fort balaises. Il est vrai qu'il kiffait quand même bien son cul.
Le générique fait défiler une interminable liste de patronymes thaï qui montre qu'au moins on a fait bosser les intermittents locaux, dont un qui porte le joli prénom de "Oh". Au fait, à la fin, les autres prennent le bateau mais notre héros rentre en Amérique à pied - il est vrai que les paysages sont sympas autour de Chiang Mai, en Thaïlande. Mais ça, le chroniqueur le savait déjà.
Sweeney Todd vs No Country for Old Men, vus par Philippe
Cette semaine deux grands réalisateurs, dont un bicéphale, sortent chacun leur nouveau film - on est gâtés ! Plutôt que de résumer chacun des deux (vous avez déjà dû lire tout ça quelque part), autant faire un petit comparatif. Niveau acteurs rien à dire, match nul, Johnny Depp et la belle Helena Bonham Carter pètent la forme, ainsi que Alan Rickman qui incarne il est vrai des ordures depuis toujours. De l'autre côté Javier Bardem est incroyable en tueur Terminator (eh oui, il y a un clin d'oeil appuyé !), tandis que Josh Brolin en loser dépassé et Tommy Lee Jones en policier qui subit, n'ont pas besoin d'en faire des tonnes pour avoir l'air de bouseux texans...
Au niveau scénario, le conte musical est cousu de fil blanc, pas difficile de deviner assez rapidement comment tout cela risque de finir - de l'autre côté on sera bien plus secoué par le rythme malgré une histoire somme toute assez linéaire - avantage aux Coen. Musicalement il manque à Londres les fameuses et fabuleuses mélodies de Danny Elfman (et pour cause, le film est une adaptation de comédie musicale écrite par quelqu'un d'autre), c'est cependant assez ludique d'écouter chanter des acteurs qu'on aurait pas imaginé en être capables ! Côté Texas, la seule musique est le vent du désert, les impacts de balles et quelques notes de mariachis - le suspense n'en est que renforcé et les rebondissements plus surprenants mais bon... avantage à Burton !.
La sécheresse de la réalisation et du son des frères Coen renforcent le côté traque implacable, tandis que Tim comme à son habitude développe une ambiance gothique flamboyant à grands renforts d'effets spéciaux : minimalisme contre grandiloquence, chacun son trip. Concernant l'hémoglobine enfin, car il y en a beaucoup des deux côtés : le sang que fait jaillir le rasoir est d'un rouge vif outrancier et épais, tandis que les poinçons du pistoler à bestiaux donnent des résultats de facture plus classique, sombre et gluant. Quoiqu'il en soit il y a dans chaque film un tueur froid et parfaitement amoral, assez flippant dans les deux cas, à égalité dans leur méticulosité.
Si l'on fait des trajectoires parallèles, on peut dire que les Coen signent leur retour en grande forme (après plusieurs trucs plus banals) en renouvelant fortement le style du polar noir. Tandis que Tim B livre une histoire de bonne facture, originale dans la forme, mais pas complètement passionnante dans le fond et surtout, moins drôle que d'habitude. Conclusion, si vous avez le temps allez voir les deux comme le fera par principe n'importe quel cinéphile, sinon commencez par No Country for Old Men... et un dernier conseil, dinez léger avant d'aller voir Sweeney Todd !
PS : le Mystic Punk Penguin et moi-même avons une controverse à propos du nombre de lecteurs qui lisent ces chroniques cinéma : il prétend que vous êtes environ trois, je dis que vous êtes au moins dix (en espérant secrètement que vous êtes 7900...) - ça vous dirait de m'écrire un pti'mail histoire que je puisse vous compter ? Parce que si je reçois moins de dix réponses, évidemment, j'en tirerai les conséquences !
La Graine et le Mulet d'Abdelatif Kechiche, vs Into the Wild de Sean Penn, vus par Philippe
Conscient d'arriver un peu après la bataille pour la Graine et le Mulet, déjà couvert de gloire, de prix et de louanges (et à juste titre), on va le dire simplement : tout ce que vos amis, vos parents et vos journaux vous on dit sur ce film est vrai - c'est un chef d'oeuvre singulier ! L'histoire est d'abord tranquille, avançant de façon elliptique entre de longues séquences de dialogues dignes d'un bon Strip Tease... puis elle deviendra d'un suspense quasi insoutenable. Les acteurs sont en tous points formidables puisqu'on les prend pour de vrais gens se connaissant depuis longtemps - ce qu'ils ne sont pourtant pas dans la vie !
Mention spéciale à l'extraordinaire Hafsia Herzi : si le film raconte les tribulations de Slimane, ouvrier en pré-retraite forcée qui veut ouvrir un restaurant pour laisser quelque chose de concret, le combustible qui fait avancer toute l'histoire est bien sa fille d'adoption, Rym, formidable gadjie soi-disant sétoise (eh oh, c'est un accent de marseillaise ça, on nous la fait pas !), qui commence l'histoire en cagole un peu boulotte et la finit... en déesse généreuse et solaire ! Le tout est filmé en assénant l'air de rien, au détour de dialogues, des réflexions sociales on ne peut plus pertinentes, et même des phrases pratiquement bouleversantes sur le déracinement, la transmission, etc. Un film aussi vivant, distrayant, émouvant et signifiant, il n'y en a pas toujours un par an, alors comme dirait Rym : "tchi'as vu, c'trop bon, la vérité, si tchi va pas, t'y es juste con, j'te le djis moi !". Elle n'aurait pas tout à fait tort.
Into the wild, lui aussi sur la durée, instaure pareillement une belle atmosphère dans un autre registre - Sean Penn a pris autant de temps pour le filmer qu'Abdelatif Kechiche ! On y suit le parcours véridique d'un jeune américain épris de nature et de liberté, qui plaque tout après son diplôme pour fuir un parcours tout tracé, déprimant et consumériste, et disparaître tout en s'enfonçant le plus loin qu'il peut dans une nature inviolée. Road movie, ou plus exactement "treck movie" du rebaptisé Alexander Supertramp, dans les décors grandioses de l'Amérique sauvage, avec un but ultime : gagner assez d'argent pour atteindre son eldorado personnel, un mot qui enflamme son regard rieur - l'Alaska !
En chemin et pas pressé, il aura le temps de faire très belles rencontres successives (un peu sur le mode d'Une Histoire Vraie de David Lynch), autant de personnages que comme lui, on quittera à regret, là-aussi avec de beaux messages sur la filiation, le souvenir, etc. Film initiatique bien sûr, sur une quête spirituelle qu'on peut trouver vaine, ou immature, mais qui ne manque pas de panache, et en définitive nécessaire à ce garçon pour se construire, pour se trouver face à lui-même...
Vous voulez un peu de dépaysement et un grand bol d'air ? Prenez donc la main tendue par ce Peter Pan des temps modernes, incarné par un acteur également formidable, Emile Hirsch (dont on reparlera surement), et vous vous perdrez avec lui dans les immensités du désert et celles du Yukon... Mais pour y apprendre, au bout de la route, quelques grandes vérités que peu de jeunes gens de 22 ans peuvent seulement imaginer, surtout dans le monde terriblement matérialiste dans lequel nous errons à présent. Au bout de la route vous attendent aussi un vieux bus, et un regard que vous ne serez sans doute pas prêt d'oublier.
I am Legend avec Will Smith, vs My Blueberry Nights de Wong Kar-Wai, vus par Philippe
Pour cette reprise de la chronique ciné (bonne année !), deux films qui auraient pu être des chefs d'oeuvre. Il ne manque pas grand chose à I am Legend, histoire de ce scientifique resté seul dans un New York désert à la recherche d'un traitement, après une apocalypse virologique. La ville regagnée par Dame Nature et où s'ébattent des animaux a en effet un côté fascinant (une scène de chasse d'anthologie !), il est vrai que les nouvelles de Richard Matheson sont toujours une source cinématographique formidable, et l'abattage de Will Smith est assez convaincant en tant que supposé dernier humain. Surtout quand il arrive malheur à sa chienne Sam et qu'il flirte avec la folie, conversant avec des mannequins qu'il a lui-même disposés un peu partout en ville. Et dont certains semblent se déplacer sans lui… ou sans qu'il s'en souvienne ?
Piste trop peu exploitée hélas, et du coup il est d'autant plus dommage que les humains mutants qui sortent seulement la nuit soient si laids, numériques et tous pareils - on a ainsi du mal à y croire (dans le genre mutant craignant la lumière, on repense par exemple aux flippantissimes créatures du terrifiant The Descent, c'était quand même autre chose !). Reste un agréable film de série Z qui plaira aux amateurs, avec quelques bonnes trouvailles, mais qui n'excelle ni dans le film de zombies gore, ni celui d'épouvante, ni même de science-fiction… alors qu'il avait le potentiel et le budget pour !
De même My Blueberry Nights ne passe pas loin du chef d'oeuvre : Wong Kar Wai y transpose aux USA son obsessionnel chasser-croiser amoureux (on reconnaît d'ailleurs le thème musical d'In the Mood for Love, adapté ici par Ry Cooder), qui débute dans un café entre une demoiselle éconduite (Norah Jones, charmante) et un jeune homme désabusé (Jude Law, attachant lui aussi). Après de longues conversations et un flirt autour d'une boite de clefs oubliée, un baiser échangé furtivement ne sera pas suffisant pour Lizzie, qui devra partir sur les routes à la recherche de sa voie personnelle.
Elle y fera de belles rencontres, dont elle accèlèrera le destin, comme ce couple déchiré qui semble tout droit sorti d'une pièce de Tennessee Williams (David Strathairn, autrement mieux employé que dans la série Jason Bourne, et la troublante Rachel Weisz), ou cette jeune joueuse de poker compulsive et fantasque (Natalie Portman, merveilleuse comme à son habitude en animal arrogant mais fragile). Rencontres qu'elle racontera au barman par cartes interposées, sans savoir si elle retrouvera un jour le chemin ramenant à sa tarte au myrtilles préférée. Touchant et vraiment très bien joué, il manque un je-ne-sais-quoi à ce film pour égaler les les plus grands duos amoureux enregistrés ces dernières années aux USA (Eternal Sunshine, Lost in Translation etc.) - reste que les fans de WKW, mais aussi les romantiques incurables, seront forcément charmés par ce très joli road-movie - dépêchez-vous !